La
francophonie au Liban
" Dialogue des cultures ",
thème du 9e Sommet de la francophonie
Initialement prevu en octobre 2001,
le 9e Sommet de la francophonie a ete reporte d'un an, suite aux
attentats du 11 septembre. Les preparatifs vont bon train dans
la capitale libanaise qui accueillera du 18 au 20 octobre 2002
cette grande manifestation des pays qui ont le francais en partage.
Le Sommet sera precede, le 16 octobre, par la Conference ministerielle
de la Francophonie qui se tiendra a Lausanne.
Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement sont attendus
a Beyrouth. Leurs deliberations seront axees sur le " dialogue
des cultures ", theme important s'il en est, a l'heure ou le monde
" globalise " est en profonde mutation et ou l'antagonisme Est-Ouest
semble ceder la place a une confrontation entre les civilisations.
Rien d'étonnant d'ailleurs que le Liban ait choisi ce thème.
Le Dialogue des cultures a une résonance toute particulière
au pays du Cèdre : Creuset de civilisation, terre
de refuge, le Liban s'était fait le champion de la cohabitation
entre religions, langues et cultures. Il en a tiré sa prospérité
d'antan ainsi que sa grande ouverture sur les deux mondes musulman
et occidental, mais il a aussi payé par une descente aux
enfers le prix de sa différence.
La francophonie, un choix
Cela fait plusieurs siècles
que le français n'est plus au Liban un idiome d'importation
mais un fait de culture et un choix de société. L'enseignement
du français a été introduit au Liban par différentes
missions religieuses (Jésuites, Lazaristes, Franciscains
et Capucins notamment), qui ont fondé, à partir du
17e siècle et tout au long des siècles
suivants, un grand nombre d'écoles, puis des universités,
ouvertes à tous les Libanais et où l'enseignement
se donnait en français et en arabe. Certes, l'ouverture du
Liban sur l'occident ne s'est pas limitée à la France.
L'Italie - depuis la fondation par le Pape Grégoire XIII
du Collège maronite de Rome, en 1584, et le séjour
de l'Emir Fakhr Eddine II à la cour des Médicis (1613
- 1618) - était également devenue un grand pôle
d'attraction culturelle et artistique. Néanmoins, de tous
les pays occidentaux, c'est bien avec la France que le Liban a tissé
- à tous les niveaux - le plus de liens à travers
son histoire contemporaine, ce qui fait du Liban le point d'ancrage
de la francophonie au Moyen-Orient et dans toute l'Asie.
Lorsque la France fut mandatée
sur le Liban en 1920, à la chute de l'empire ottoman, la
politique éducative préserva les acquis de l'enseignement
bilingue tout en le renforçant. A l'indépendance,
en 1943, la nouvelle constitution libanaise a reconnu la liberté
de l'enseignement et a accordé aux différentes communautés
religieuses du pays (17 communautés ) le droit de fonder
des écoles et d'y adopter leurs propres choix pédagogiques.
Aussi bien l'Etat que la plupart des communautés optèrent
pour l'enseignement de toutes les matières scientifiques
exclusivement en français.
Bilinguisme arabe-français
Le bilinguisme de l'enseignement, de
la maternelle à la terminale, a toujours été
la règle au Liban, aussi bien dans les écoles publiques
(43% des élèves) que dans les écoles privées
(57% des élèves). L'apprentissage d'une troisième
langue commence à partir de l'âge de 10 ans environ.
Ce qui est intéressant à relever c'est qu'aucune disposition
légale ou réglementaire ne détermine le choix
de la deuxième langue qui, à côté de
l'arabe, doit ainsi être enseignée. Or, le choix de
plus de 73 % de la population scolaire se portent sur le français,
ce qui permet de penser que la Francophonie au Liban est un choix
et une tradition plutôt qu'une obligation. Statistiques et
tendances
De l'ouvrage de Katia Haddad Anatomie de la francophonie libanaise,
paru en 1993 dans la collection Prospectives francophones de l'AUPELF/UREF,
il ressort que le français n'est pas l'apanage d'une classe
sociale privilégiée (plus de 80% des professions libérales
et des cadres moyens et supérieurs ont une bonne maîtrise
du français, mais ce pourcentage reste supérieur à
60% parmi les salariés) ni le propre des seuls chrétiens
(le français enregistre une progression significative parmi
la population chiite), et ce, contrairement à ce que l'on
a tendance à croire. Néanmoins, de grandes disparités
régionales persistent, notamment entre Beyrouth et le Sud
du pays. Il ressort également de cet état des lieux
que 49% des libanais âgés de 15 à 24 ans ont
un français moyen, voire bon, avec une supériorité
significative de la population féminine, ce qui indique que
le français n'est pas la langue des générations
d'avant-guerre, mais que la jeunesse libanaise, tout en s'intéressant
de plus en plus à l'anglais, ne délaisse pas le français
pour autant.
Le français est enseigné, quand bien même à
des niveaux différents, dans l'ensemble des 1645 écoles
publiques et privées que compte le pays. En outre, sur une
quarantaine d'établissements scolaires français (ou
homologuées par la France) dans tout le Moyen-Orient, 25
se trouvent au Liban, dont le collège Saint-Joseph (Antoura),
fondé en 1620, qui compte aujourd'hui plus de 3800 élèves,
Champville 3250 élèves, le Grand Lycée franco-libanais
3000 élèves, Notre-Dame de Jamhour 2800 élèves
et Mont-la-Salle 2650 élèves.
Sur une population de quelque 4 millions, le Liban compte 24 établissements
d'enseignement supérieur dont 5 sont accréditées
par l'AUPELF (Agence universitaire de la Francophonie), à
savoir l'Université libanaise, l'Université St Joseph,
l'Université Balamand, L'Université St Esprit Kaslik
et l'Université Antonine. L'Ecole Supérieure des Affaires
quant à elle est affiliée aux grandes écoles
de commerce françaises.
Medias francophones
Le Liban compte plusieurs maisons d'editions francophones. Il est
le premier producteur et le premier importateur de presse et de
livres francais de tout le Moyen-Orient.
La presse ecrite compte de nombreux journaux et magazines dont L'Orient-Le-Jour
(quotidien), La
Revue du Liban, Magazine (hebdomadaires) et plusieurs revues
mensuelles dont Noun, Prestige, Femme, etc. Le taux de lecture de
la presse francophone est d'environ 27%.
Plusieurs radios FM libanaises sont francophones, et la chanson
francaise (quebecoise devrais-je dire ?) est bien appreciee au Liban,
bien qu'elle passe apres ses cousines anglo-saxonnes, tout comme
a Paris et a Geneve d'ailleurs. Quant a la television, Canal 9 a
sa programmation entierement en francais mais souffre d'un grand
manque de moyens.
Le cinema francais beneficie d'une large distribution, mais c'est
le cinema americain - comme partout ailleurs- qui tient le haut
du pave. Neanmoins, tous les films - americains, italiens ou autres-
sont sous-titres en arabe et en francais.
Toufic Abichaker
ABICHAKER@aol.com
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