La conquête arabe 635 – 1110
Hormis la flotte que le général arabe Mou3awiya commanda aux artisans de Beyrouth et qui lui permit de prendre Chypre en 649, les chroniques arabes de la Conquête n’évoquent que très subsidiairement Beyrouth qui semble ne pas avoir suscité un grand intérêt chez les envahisseurs venus de la péninsule arabique.
En 750, le califat abbasside (capitale Bagdad) succède au califat omeyyade (capitale Damas). A cette époque, Beyrouth, en contact avec la foi chrétienne depuis les premières années du christianisme et comptant plusieurs évêques et un métropolite, se signale par l’existence dans ses murs d’un docteur de la foi musulmane, l’imam Ouzâ3i dont la notoriété dépassait largement l’enceinte de la ville. Sa jurisprudence prévaudra, tant au Levant qu’au Maghreb, plusieurs siècles après sa mort (774).
A partir de la fin du 9 e siècle, avec l’affaiblissement des Abbassides, Beyrouth tombera successivement dans le giron des différents Etats établis au Caire : tulunide 877, ikhchidide 935, fatimide 1014, pour finir, peu avant l’arrivée des croisées, entre les mains des Saljukides turcs.
Sous les Arabes, les communautés non musulmanes de Beyrouth et du littoral vécurent une alternance de périodes de tolérance et de répression. En fait, chaque Califat a eu son champion en matière de répression : Omar Ben-Abdulaziz, 717-720 (Omeyyade), Almutawakkil, 822-861 (Abbasside), El- Hâkem Bi-amr Ellah, 996-1021 (Fatimide). S’il est vrai que ces Califes sévissaient davantage dans leurs capitales respectives, à savoir Damas, Bagdad et Le Caire, les interdictions et les injonctions qu’ils décrétaient à l’encontre des non musulmans n’en étaient pas moins appliquées à Beyrouth également .
Contrairement à Beyrouth, la montagne libanaise, dans sa partie nord notamment, fut transformée en une sorte de forteresse par les chrétiens maronites, dès le début de la conquête arabe. Aussi, a-t-elle pu jouir pendant toute cette période et jusqu’au 14 e siècle, d’une autonomie relative, en dépit des assauts répétés des armées musulmanes.
L’époque franque 1110 – 1291
A deux reprises, en 1099 et 1102, le gouverneur Saljukide de Beyrouth réussit à convaincre les Croisées de lever le siège de la ville pour poursuivre leur chemin vers Jérusalem, en leur fournissant tout le ravitaillement dont ils avaient besoin. Néanmoins, la conquête de la ville ne pouvait être que partie remise ! En effet, Beaudoin, 1 er roi latin de Jérusalem, revint à la charge en 1110, à la tête d’une flotte de 40 bâtiments, avec le concours de Bertrand de Toulouse, Comte de Tripoli. Au bout d’un siège d’un mois, il réussit à prendre la ville qui fut aussitôt mise à sac.
Exception faite de la petite parenthèse que fut la conquête de Beyrouth par Saladin (de 1187 à 1197 ), la ville restera franque pendant trois siècles environ, jusqu’à sa conquête par le sultan Achraf d’Egypte, en1291. Durant la période franque, Beyrouth faisait partie du royaume de Jérusalem dont elle constituait la frontière nord. Tripoli, par contre, était le siège du Comté du même nom, qui comprenait le mont Liban, la vallée de l’Oronte et le littoral, de Nahr ElKalb jusqu’à Lattaquié.
Sous les Francs, Beyrouth devint un centre industriel et commercial grâce à ses échanges réguliers avec l’Europe, Venise et Gêne en particulier. C’est à cette époque également que remonte l’arrivée à Beyrouth et dans la montagne libanaise des premières congrégations européennes (les Franciscains et les Dominicains, notamment) qui auront un rôle déterminant dans la vie culturelle du pays et dans le resserrement des liens entre les libanais chrétiens et l’Europe.
L’un des vestiges des croisées encore visible à Beyrouth est l’actuelle mosquée Al3omari, anciennement église Saint Jean-Baptiste, érigée par Beaudoin vers 1112 et transformée en mosquée à la fin du 13 e siècle.
L’époque mamelouke 1291 – 1516
Ayant pris le pouvoir en Egypte, les Mamelouks chassèrent les Francs de tout le Levant et étendirent leur pouvoir sur le littoral libanais (Beyrouth en 1291) et sur la montagne (Bcharré en 1283 ; le Kesserwéne et le Matn en 1307).
Craignant le retour des Francs, les Mamelouks démolirent tous les ports et toutes les fortifications côtières, à l’exception de la citadelle de Tripoli qui se trouve un peu en retrait de la côte. Une grande partie du littoral de la Méditerranée orientale en restera sinistrée pendant des siècles. Néanmoins, pour des raisons économiques évidentes, les Mamelouks durent reconstruire la rade de Beyrouth, dès le milieu du 14 e siècle, sans réussir pour autant à susciter un vrai essor de la ville.
La militarisation de l’Etat, les incessantes conspirations, les représailles récurrentes contre les libanais chrétiens, la répression violente des chiites et des druzes, l’instabilité politique, la succession d’épidémies et de famines, ainsi que l’essor de la piraterie font du règne des Mamelouks une époque de stagnation et de déclin.
A suivre...